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Agriculture bio

En Bio, quel intérêt économique à freiner sa production laitière au printemps ?

par Didier DESARMENIEN

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La santé de la filière laitière Bio comme toute filière est très liée à l’équilibre offre/demande. Lorsque l’offre dépasse fortement, même seulement temporairement, la demande, les prix sont entrainés à la baisse. Tous les producteurs ont intérêt à ce que les prix du lait Bio se maintiennent (voire ré-augmentent à moyen terme) et doivent se poser la question de freiner leur production si leur collecteurs/transformateurs les incitent.

Avant d’envisager des stratégies de freinage sur sa production, il est parfois nécessaire d’analyser sa marge laitière (en €/1000 l) au printemps et sur les autres périodes de l’année. Compte-tenu des prix pratiqués par les laiteries Bio, il y a souvent 80 à 90 €/1000 l d’écart entre le prix de base du printemps et celui de l’été-automne-hiver. Ainsi, ce n’est pas forcément au printemps que l’on marge le mieux sur sa production laitière Bio !  Au printemps les coûts alimentaires en Bio sont à l’évidence plus faibles car les vaches mangent avant tout de l’herbe pâturée.

La synthèse des marges sur coûts alimentaires de Seenovia sur 2020-21 (avec un coût complet des fourrages du sol à l’auge, cf. ci-dessous) montre, qu’en moyenne, les marges ne sont pas meilleures au printemps / hiver même si le coût alimentaire est supérieur de 80 à 90 €/1000 l en hiver.

Certaines stratégies de baisse de la production au printemps peuvent s’avérer pas ou peu pénalisantes pour les producteurs s’ils bénéficient d’une aide financière dans ce sens (c’est le cas de certaines laiteries) et que la stratégie est bien raisonnée.

Exemple : passage temporaire en mono-traite sur 2 mois

               (pour un troupeau de 60 VL à 21 l/j en moyenne au printemps habituellement)

 

Effets négatifs de la stratégie

Effets positifs de la monotraite

Moins de lait vendu

(baisse de 25% = - 19 000 l  x 360 €/1000 l)

6 840 €

 Augmentation des taux et donc du prix du lait vendu (56 000 l x 25 €/1000 l)

1 400 €

Pénalités cellules ? 3 €/1000 l x 56 000 l

168 €

Economie de concentrés (3,5 t x 320 €/t)

1 120 €

  

Aides de la laiterie sur le volume de lait non vendu

(exemple : - 19 000 l x 200 €/1000 l)

3 800 €

Total effets négatifs à envisager

7 008 €

Total effets positifs  espérés ( + économie de travail, d’électricité, de consommables à la traite….)

6 320 €

 

Dans les différents essais expérimentaux et les suivis d’exploitations l’ayant pratiquée, la monotraite entraine généralement une baisse de la production laitière de 20 à 30%, une augmentation des taux (+ 2 à 4 points de TB et + 1 à 3 points de TP) et également des cellules. Après le retour à 2 traites, il peut y avoir une certaine rémanence (- 2 à -11% sur le lait produit), surtout sur les vaches en début de lactation. La monotraite va permettre en général d’améliorer l’état des animaux et la fécondité de ceux-ci s’ils sont en période d’IA. Elle va aussi permettre d’économiser du concentré sur cette période de printemps.  Dans le tableau ci-dessous, cette stratégie est décortiquée et chiffrée pour un exemple.

Chaque exploitation est particulière ; il est nécessaire de faire cette démarche dans le contexte de l’exploitation avant de décider. D’autres options pour freiner peuvent aussi s’avérer cohérentes comme la diminution des concentrés de production ou énergétiques en période de pâturage.

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